« Cette série part sur les traces de l’hyperinflation au Zimbabwe des années 2000, un mélange entre mes photographies argentiques et des archives de billets édités à cette époque. En 2015, je suis allée au Zimbabwe voir mon père qui y travaillait. Nous avons réalisé un road-trip pendant lequel j’ai remarqué de grands panneaux publicitaires vides ou décharnés. Ils ont été mon point de départ, une intuition qui m’a poussée à me demander pourquoi il n’y avait aucune image sur ces panneaux.
En me documentant, j’ai appris que ce pays avait expérimenté l’une des pires crises économiques au monde avec une hyperinflation résultant d’une série de décisions politiques prises sous le règne de Robert Mugabe entré en fonction en 1980. Entre espoir d’un monde nouveau après la fin d’un régime d’Apartheid et une politique répressive contre ses opposants, Robert Mugabe a en quelques décennies changé le destin de tout un pays qui était autrefois le grenier à grains de l’Afrique australe. Cette hyperinflation commence au début des années 2000 ne cessant de s’aggraver jusqu’au point culminant de 2008. Durant toute cette période des billets de banque aux sommes folles sont édités afin d’essayer d’endiguer ce tsunami économique, certains de ces billets auront même des dates de péremption afin de pousser les populations à faire circuler la monnaie.
Le titre de cette série, « One hundred trillion dollars », correspond au montant le plus haut des billets que j’ai pu collecter sur place. Pour avoir un ordre d’idée, cela était équivalent à 40 centimes en Dollars US.
Ce qu’il s’est passé au Zimbabwe est certes le résultat d’un contexte économique, social et politique mais il est un exemple frappant de ce que le capitalisme peut produire en termes d’absurdité avec le jeu des banques. Ce sujet est encore d’actualité au Zimbabwe (avec une moindre mesure qu’en 2008) mais c’est aussi un mécanisme qui se répète dans d’autres pays ou continents comme ce qu’expérimente en ce moment même une partie de l’Amérique latine.
En ce moment même, le Zimbabwe émet une nouvelle monnaie indexée sur l’or afin d’essayer d’endiguer les différents épisodes d’inflation. Censée être plus stable, le ZIG est une tentative de restaurer la confiance en la monnaie du pays, 50 ans après la fin des accords de Bretton Woods. Ce sujet « One hundred trillion dollars » permet de comprendre cette décision, c’est une incursion dans l’histoire économique et politique de ce pays d’Afrique Australe mais aussi un avertissement sur ce que de mauvaises décisions politiques dans un contexte capitaliste peuvent engendrer. »
Chloé Nicosia
Ce projet, consolidé lors de ma résidence à l’ENSP en 2022 avec la création d’une maquette de livre, prend son envol en 2024. Cette année, il a été sélectionné dans plusieurs festivals prestigieux tels que les Dummy Awards de Cologne, le Festival de Photographie de Belfast, le festival Photométria d’Athènes, le festival de photographie d’Athènes APHF, le festival Revela’t de Barcelone, le I Star Award de la Fondation Photographic Social Vision en Catalogne, le festival Encontros Da Imagem de Braga et le festival International de Photographie de Singapour qui m’a alloué une bourse pour venir y présenter ce travail fin octobre.
En 2025, « One hundred trillion dollars », est lauréat de la Biennale des Rencontres Photographiques du 10ème.
Chloé Nicosia vit et travaille entre Paris et Bruxelles. À suite d’un master en Sciences Politiques, elle débute correspondante pour la presse quotidienne régionale. Après un passage à l’Agence France Presse, elle s’installe en 2007 en tant que photographe freelance développant une esthétique de l’image essentiellement en lien avec le monde musical. Elle a publié ses travaux dans plusieurs titres de presse (Libération, Grazia, Modzik, Le Bonbon, Elle, Mixte, A Nous Paris). En parallèle, elle mène depuis plusieurs années une pratique plasticienne, mêlant à l’image le travail sur la matière (néons, collages, sculptures).
Elle participe à plusieurs expositions en galeries en France et à l’étranger (Belgique, Mexique), ainsi qu’à deux reprises aux Nuits Photographiques de Pierrevert.
En 2022, elle auto-édite un livre « One hundred trillion dollars » sur le sujet de l’hyperinflation au Zimbabwe réalisé pendant sa résidence à l’École Nationale Supérieure de la Photographie à Arles (ENSP).
